
Khat (Catha edulis) : cathinone, effets, risques et usages sociaux
1️⃣ De quoi s’agit-il ?
La cathinone est une substance psychoactive naturellement présente dans une plante appelée khat (Catha edulis Forskal), utilisée depuis plusieurs siècles en Afrique de l’Est et dans la péninsule Arabique pour ses effets stimulants.
À l’origine, il ne s’agit ni d’une « drogue de synthèse » ni d’une innovation récente, mais d’un principe actif végétal intégré à des pratiques sociales anciennes, notamment sous forme de mastication des feuilles fraîches.
Au cours du XXᵉ siècle, l’isolement de la cathinone puis la mise au point de dérivés synthétiques, comme la méthcathinone, ont profondément modifié son statut. La substance est alors sortie de son contexte culturel pour entrer dans celui des stimulants illicites, avec des usages détournés, des modes de consommation plus agressifs et des risques sanitaires accrus.
Cette trajectoire – du végétal traditionnel au stimulant de laboratoire – explique pourquoi la cathinone mérite une attention particulière : elle illustre le passage progressif du naturel au synthétique, souvent accompagné d’une augmentation des dommages et d’une perte de repères pour les usagers.
Le khat, appelé aussi “la salade” par les populations locales, est un arbuste ou petit arbre de la famille des Celestraceae, scientifiquement nommé Catha edulis. Il pousse principalement dans la Corne de l’Afrique, en Afrique centrale et dans certaines régions de la péninsule arabique, sur des sols frais et en altitude (1500–2000 m). Les feuilles de khat contiennent des alcaloïdes stimulants, principalement la cathinone, aux effets proches des amphétamines, et des tanins (7–20 %) qui interagissent avec l’organisme.
2️⃣ Noms et appellations
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Nom scientifique : Catha edulis Forsk
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Noms communs : khat, qat, “la salade” (Djibouti)
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Noms de rue ou médiatiques : Miraa (Kenya), qat (Yémen)
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Terme sensationnaliste : « drogue douce », souvent utilisé dans les médias occidentaux, bien que le khat possède des effets stimulants et hallucinogènes.
Ces appellations servent à clarifier les confusions, notamment avec d’autres stimulants ou substances hallucinogènes.
La plante est connue sous le nom de khat, mais aussi sous diverses appellations locales ou historiques telles que qat, kat, catha, abyssinian tea ou african tea. Ces termes reflètent davantage des usages culturels que des différences pharmacologiques.
Le principe actif principal est nommé cathinone, terme scientifique utilisé en toxicologie et en pharmacologie.
Sa version synthétique est appelée méthcathinone, également connue sous le nom d’éphédrone, appellation liée à son mode de fabrication à partir de précurseurs de type éphédrine ou pseudoéphédrine.
Dans certains contextes illicites, notamment aux États-Unis ou en Europe de l’Est, la méthcathinone a circulé sous des noms de rue évoquant des stimulants classiques (« speed », « cat », « bathtub speed »), ce qui a contribué à des confusions avec les amphétamines et à une sous-estimation de ses risques spécifiques.
3️⃣ Classe pharmacologique
La cathinone appartient à la famille des stimulants du système nerveux central.
Sur le plan pharmacologique, elle est proche des amphétamines, tant par sa structure chimique que par ses effets sur la vigilance, l’humeur et l’énergie.
Contrairement à la cocaïne, dont l’effet est bref et intense, la cathinone produit une stimulation plus progressive, souvent accompagnée d’une phase de retombée marquée.
La méthcathinone, en revanche, se rapproche davantage des stimulants synthétiques puissants, avec une action plus brutale, une durée prolongée et un potentiel addictif plus élevé.
Cette proximité explique pourquoi ces substances sont parfois perçues comme « équivalentes » à d’autres stimulants, alors que leurs profils de risques diffèrent sensiblement.
4️⃣ Origine et substance(s) active(s)
L’origine de la cathinone est naturelle, puisqu’elle est extraite de la plante Catha edulis.
Cette plante contient plusieurs alcaloïdes actifs, principalement :
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la cathinone, responsable de l’effet stimulant principal,
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la cathine (norpseudoéphédrine),
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et la noréphédrine, qui modulent et prolongent certains effets physiologiques.
La méthcathinone est, quant à elle, entièrement synthétique. Elle est produite par modification chimique de précurseurs comme l’éphédrine ou la pseudoéphédrine, substances longtemps présentes dans certains médicaments contre l’asthme ou la toux.
Ce lien avec des produits pharmaceutiques courants a facilité sa fabrication clandestine, tout en donnant une illusion de sécurité trompeuse.
5️⃣ Présentation et formes rencontrées
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Forme physique : bottes de feuilles fraîches, vert vif et brillantes
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Conditionnement : vendues à l’unité ou en bottes, souvent recouvertes d’un linge humide pour conserver l’humidité
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Caractéristiques : feuilles coriaces, amères, petites fleurs blanches en grappes axillaires (avril–juin) et petites capsules de graines (10 mm, fin d’été)
Le khat se présente traditionnellement sous forme de feuilles fraîches, parfois en bottes, destinées mais Il peut également être rencontré sous forme de feuilles séchées, écrasées ou réduites en poudre, bien que ces formes soient généralement moins actives.
La méthcathinone est observée principalement sous forme de poudre blanche ou légèrement jaunâtre, facilement soluble dans l’eau.
Cette présentation favorise des modes de consommation plus invasifs, comme le sniff ou l’injection, augmentant significativement les risques sanitaires par rapport à l’usage traditionnel du végétal.


6️⃣ Modes de consommation ou d’exposition
Dans les contextes traditionnels africains ou yéménites, la consommation du khat repose sur la mastication lente des feuilles, ce qui entraîne une absorption progressive de la cathinone. Les effets apparaissent généralement en moins d’une heure et peuvent durer plusieurs heures.
La méthcathinone, en revanche, est consommée par voie nasale, orale, fumée ou injectée, chaque mode modifiant la rapidité et l’intensité des effets.
L’injection, notamment décrite dans certains contextes russes ou nord-américains, expose à des risques immédiats élevés, tant infectieux que cardiovasculaires.
Les tiges contiennent également des alcaloïdes, mais en moindre quantité, tandis que les grandes feuilles sont moins concentrées.
La consommation peut se faire individuellement ou en groupe, particulièrement dans des mabrasas — pièces aménagées avec des coussins où se réunissent les consommateurs. Ces réunions sociales ou rituelles sont souvent accompagnées de boissons sucrées comme le thé ou le coca-cola, et favorisent la stimulation et l’euphorie. L’expérience concrète inclut formation d’une boule de chique dans la joue (voir photo), stimulation de la conversation, exaltation et sensation d’énergie.
Le khat est ainsi à la fois une plante psychotrope et un phénomène social, fortement intégré dans la vie quotidienne de certaines communautés de la Corne de l’Afrique. Son usage a un impact sur le temps, la socialisation et la structure des activités collectives.
7️⃣ Effets recherchés ou subis
Le khat agit principalement comme un stimulant d’intensité modérée, dont les effets sont étroitement liés à la fraîcheur des feuilles et à la durée de mastication. Les substances actives qu’il contient, proches sur le plan chimique des amphétamines, produisent des effets relativement brefs, ce qui explique la consommation prolongée et répétée au cours d’une même séance.
Les effets recherchés apparaissent généralement lors des premières heures de mastication. L’usager ressent une sensation de bien-être et d’exaltation, accompagnée d’une stimulation psychique marquée. Cette phase se traduit par une augmentation de la vigilance, une facilité d’expression verbale et une impression de clarté mentale. Dans un contexte collectif, ces effets renforcent la sociabilité, les échanges et le sentiment d’appartenance au groupe, ce qui contribue fortement à l’ancrage culturel du khat.
Progressivement, cette phase tonique laisse place à un état plus ambigu, souvent décrit comme une illusion de contrôle et de lucidité. L’usager peut avoir le sentiment de rester performant alors que ses capacités de jugement et de concentration commencent à diminuer. Cette dissociation favorise le prolongement de la consommation et masque la fatigue réelle de l’organisme.
À l’issue de cette période stimulante, les effets subis deviennent plus marqués. Une lassitude importante s’installe, accompagnée d’une irritabilité, de troubles du sommeil et d’une perte d’appétit. Chez certains usagers, cette phase s’accompagne d’un sentiment de vide ou de tristesse, pouvant évoquer des symptômes dépressifs transitoires. Ces manifestations expliquent en partie la tendance à reprendre du khat de manière régulière afin d’éviter cet état de retombée.
Si la dépendance physique au khat reste discutée, l’expérience montre qu’il induit une dépendance psychique réelle, liée à la recherche de ses effets stimulants et au soulagement temporaire qu’il procure face à la fatigue, au stress ou aux difficultés sociales. Cette dépendance s’inscrit moins dans la contrainte biologique que dans une habituation psychologique et sociale, renforcée par le caractère rituel et collectif de la consommation.
8️⃣ Effets sur le système nerveux central
La cathinone agit principalement en augmentant la libération et en inhibant la recapture de dopamine et de noradrénaline, deux neurotransmetteurs impliqués dans la vigilance, la motivation et la réponse au stress.
Cette action explique le sentiment d’énergie et de confiance observé en début d’effet.
Lorsque cette stimulation est excessive ou répétée, elle perturbe les mécanismes de régulation du cerveau, entraînant paranoïa, troubles du jugement et hallucinations, notamment avec la méthcathinone.
L’altération du contrôle des impulsions peut conduire à des comportements à risque, en particulier en contexte de polyconsommation.

9️⃣ Effets physiologiques
Sur le plan corporel, la cathinone entraîne une augmentation du rythme cardiaque et de la pression artérielle, liée à l’activation du système nerveux sympathique.
La diminution de l’appétit et de la soif, fréquente lors de l’usage prolongé, contribue à des états de dénutrition et de déshydratation, observés notamment chez les consommateurs réguliers de khat.
Avec la méthcathinone, ces effets sont amplifiés et peuvent évoluer vers des tremblements, convulsions, hyperthermie et troubles sévères du rythme cardiaque.
🔟 Risques pour la santé
À court terme
À court terme, la consommation de khat expose principalement à des déséquilibres physiologiques liés à la stimulation prolongée. La mastication continue des feuilles entraîne une suppression marquée de la faim et de la soif, ce qui peut provoquer une déshydratation progressive et un épuisement masqué par l’effet stimulant. Cette illusion de maintien des capacités conduit fréquemment à dépasser ses limites physiques, notamment dans les contextes de travail ou de veille prolongée.
Sur le plan cardiovasculaire, l’augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque peut devenir problématique chez les personnes présentant des facteurs de risque préexistants. Les troubles digestifs rapportés (ballonnements, constipation ou diarrhée) ne sont pas anecdotiques : ils participent à une altération durable de l’état général lorsqu’ils se répètent.
Avec la méthcathinone, ces risques immédiats sont nettement amplifiés. Les modes d’administration rapides (sniff, injection) exposent à des urgences aiguës : convulsions, hyperthermie, troubles du rythme cardiaque et états confusionnels sévères, parfois confondus avec des psychoses toxiques.
À moyen et long terme
À moyen et long terme, le risque le plus documenté pour le khat est la dénutrition chronique. Les observations médicales réalisées à Djibouti montrent une moindre résistance aux maladies infectieuses, notamment la tuberculose, dans un contexte où l’accès aux soins est déjà fragile.
L’usage quotidien, très répandu dans certaines populations urbaines, installe un affaiblissement progressif de l’organisme, souvent banalisé car socialement normalisé.
Sur le plan psychique, une consommation répétée favorise des troubles anxiodépressifs, une irritabilité chronique et une altération de la motivation. Avec les dérivés synthétiques comme la méthcathinone, les données convergent vers un risque élevé de désorganisation psychique durable, avec épisodes paranoïaques persistants et symptômes dépressifs profonds lors des phases d’arrêt.
1️⃣1️⃣ Dépendance, tolérance et usage répété
Le khat ne provoque pas, au sens strict, une dépendance physique comparable à celle des opioïdes. En revanche, il induit une accoutumance psychologique forte, étroitement liée à son rôle social. À Djibouti, par exemple, l’usage quotidien n’est pas motivé uniquement par les effets pharmacologiques, mais par la nécessité de participer à la vie collective, aux mabrazes, aux rituels sociaux et familiaux.
Cette dépendance sociale se double d’une dépendance comportementale : la journée est organisée autour du moment de consommation, au détriment des activités professionnelles, éducatives ou familiales.
Avec la méthcathinone, le tableau change radicalement : la tolérance apparaît rapidement, poussant à augmenter les doses, et les symptômes de manque (fatigue intense, humeur dépressive, agitation) peuvent survenir après quelques jours d’usage intensif.
1️⃣2️⃣ Contextes et populations à risque
Les contextes à risque ne se limitent pas aux usages festifs ou marginaux. Dans le cas du khat, ce sont précisément les contextes ordinaires et institutionnalisés qui posent problème.
À Djibouti, la consommation massive entraîne une mise en pause quotidienne de la ville, affectant l’économie, la scolarité des enfants et la cohésion familiale. Les hommes sont majoritairement concernés, mais la participation croissante des femmes modifie les équilibres sociaux traditionnels.
Dans les pays occidentaux, les populations migrantes sont particulièrement exposées aux risques judiciaires, du fait du décalage entre la légalité dans les pays d’origine et l’illégalité dans les pays d’accueil. Les affaires d’importation au Canada ou en Europe illustrent cette incompréhension juridique, souvent aggravée par des réseaux organisés exploitant cette zone grise culturelle.
Pour la méthcathinone, les populations les plus à risque sont les usagers de stimulants injectables, notamment en contexte de précarité, où s’additionnent risques infectieux, psychiatriques et sociaux.
1️⃣3️⃣ Cadre légal (aperçu général)
Le cadre légal du khat est l’un des plus contrastés parmi les substances psychoactives.
Légal et socialement intégré dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et de la péninsule Arabique, il est strictement interdit dans de nombreux pays occidentaux. En France, il est classé comme stupéfiant depuis 1995. Au Canada, la possession simple peut être tolérée, mais l’importation et le trafic constituent des infractions pénales lourdes.
Cette disparité juridique alimente des trafics transfrontaliers structurés, comme ceux observés entre le Kenya, la Somalie et l’Ouganda, où le khat devient une monnaie d’échange, parfois liée au commerce d’armes.
Les dérivés synthétiques, comme la méthcathinone, sont quant à eux systématiquement classés comme stupéfiants, sans ambiguïté.
1️⃣4️⃣ Représentations dans la fiction et la culture populaire
Le khat est parfois présenté dans les médias occidentaux comme une « drogue exotique », vision réductrice qui occulte son ancrage culturel et ses usages sociaux historiques.
À l’inverse, la méthcathinone est rarement nommée explicitement, étant souvent assimilée à tort à des amphétamines classiques.
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Mentionné dans romans et médias africains comme stimulant social et culturel
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Mise en garde : fiction et réalité diffèrent, la consommation prolongée entraîne des effets sanitaires sérieux
1️⃣5️⃣ Idées reçues et confusions fréquentes
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Mythes : « drogue douce », « remède énergétique naturel »
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Confusions : parfois confondu avec des drogues de synthèse, alors qu’il s’agit d’un stimulant naturel à alcaloïdes spécifiques
L’origine végétale du khat alimente l’idée fausse d’une substance « douce » ou sans danger, alors que ses effets stimulants peuvent être marqués.
La méthcathinone est souvent confondue avec la MDMA ou le speed, ce qui expose les usagers à des attentes erronées et à des prises de risques non anticipées.
1️⃣6️⃣ En résumé
La cathinone est un stimulant d’origine végétale, au cœur d’usages traditionnels anciens, mais aussi à l’origine de dérivés synthétiques à haut risque.
Ses effets sur le système nerveux central expliquent à la fois son attrait et ses dangers.
Comprendre son histoire et ses mécanismes permet de mieux prévenir les risques, sans nier la complexité des contextes culturels et sociaux dans lesquels elle s’inscrit.
Nature : arbuste stimulant à alcaloïdes amphétaminiques
Effets : euphorie, stimulation mentale, puis fatigue et dépression
Risques majeurs : dépendance psychique, troubles cardiovasculaires, dénutrition, altérations mentales
Message : informer sur la consommation, prévenir les risques et contextualiser l’usage
❓ F A Q
Qu’est-ce que le khat ?
Le khat (Catha edulis) est un arbuste stimulant consommé pour ses feuilles riches en cathinone et cathine.
Comment se consomme le khat ? Mâché frais ou en infusion, formant une boule dans la joue pendant plusieurs heures.
Quels sont les risques du khat ?
Insomnie, dépression, troubles digestifs et cardiovasculaires, dépendance psychique.
Le khat est-il légal ?
Dépend du pays : légal dans certaines zones d’Afrique, interdit pour importation et trafic dans d’autres.
Le khat est-il addictif ?
Oui, surtout psychiquement, la consommation quotidienne est fréquente pour maintenir l’effet.