
Le Dou (B13) : la nouvelle drogue de synthèse
qui frappe La Réunion
Le Dou, également appelé B13, est le nom donné à La Réunion à plusieurs cathinones de synthèse, des stimulants puissants appartenant à la famille des nouvelles substances psychoactives (NPS). Principalement importé d'Asie, il s'est largement diffusé sur l'île de La Réunion où il représente aujourd'hui un enjeu majeur de santé publique, de sécurité et de prévention.
Effets principaux : Stimulant puissant du système nerveux central.
Risques majeurs : Dépendance rapide, psychoses, complications cardiovasculaires.
Statut : Stupéfiant en France.
Zone de diffusion : Principalement La Réunion, avec un risque d'extension à d'autres territoires.
1️⃣ De quoi s’agit-il ?
🔬 Il y a encore trois ans, peu de Réunionnais connaissaient le mot « Dou ». Aujourd'hui, ce terme s'est imposé dans les quartiers, les écoles, les services d'urgence et les commissariats de l'île comme le nom d'une crise sanitaire en marche. Le Dou — aussi appelé B13 sur les marchés de rue — est une cathinone de synthèse, c'est-à-dire un stimulant psychoactif puissant appartenant à la famille des nouvelles substances psychoactives (NPS). Sa structure chimique dérive de la cathinone naturelle, alcaloïde présent dans les feuilles du khat (Catha edulis), plante stimulante consommée traditionnellement en Afrique de l'Est et dans la péninsule arabique.
Ce qui distingue fondamentalement le Dou des autres drogues de synthèse, c'est la vitesse à laquelle il s'est répandu sur un territoire insulaire isolé, mais aussi l'intensité de sa capacité addictive. Fabriqué dans des laboratoires clandestins asiatiques — principalement en Chine — acheminé par voie postale ou par le biais de mules, il pénètre La Réunion par tous les canaux disponibles et s'installe là où les populations sont les plus vulnérables : dans les quartiers populaires, parmi les jeunes sans emploi, dans les familles déjà fragilisées par la précarité.
Famille chimique — Cathinones de synthèse — phénéthylamines β-cétone
Statut légal — Stupéfiant classé en France depuis l'arrêté du 20 février 2017 (Liste I) — Convention ONU 1971
Appellation locale à La Réunion — « Dou » (terme créole signifiant « doux » — appellation paradoxale pour une substance destructrice), « B13 »
2️⃣ Noms et appellations
🎭 Le terme générique « Dou » recouvre à La Réunion plusieurs molécules de la famille des cathinones qui se succèdent ou coexistent sur le marché local selon les approvisionnements. La composition exacte évolue régulièrement — stratégie délibérée des trafiquants pour contourner les classements successifs.
Molécules les plus fréquemment identifiées dans les saisies réunionnaises :
- 3-CMC (3-Chlorométhcathinone) — la plus récemment documentée dans les saisies de 2025–2026
- NEP (N-Éthylpentédrone) — poudre blanche à effet stimulant très intense
- 3-MMC (3-Méthylméthcathinone) — substituée après classement de la 4-MMC (méphédrone)
- Alpha-PVP (Flakka) — variante pyrrolidinylcathinone associée aux crises violentes
- 4-CMC (4-Chlorométhcathinone) — signalée dans les analyses SINTES 2024
Noms de rue à La Réunion et dans l'océan Indien :
- Dou / Dou dou — appellation dominante, territoire entier
- B13 — code numérique utilisé dans les transactions discrètes
- Sel — en référence à l'aspect cristallin, similaire aux « bath salts » internationaux
- Poudre blanche — désignation générique, source de confusion avec cocaïne
Note opérationnelle — La dénomination « Dou » ne correspond pas à une molécule unique mais à un marché local multi-composés. Toute saisie doit faire l'objet d'une analyse GC-MS pour identifier la cathinone précise — les profils pharmacologiques et les risques diffèrent selon la molécule.
3️⃣ Classe pharmacologique
🧪 Les cathinones de synthèse désignées sous le nom de Dou sont des stimulants puissants du système nerveux central (SNC), structurellement proches des amphétamines et de la MDMA, avec un profil pharmacologique qui combine les effets les plus dangereux des deux familles. Elles agissent principalement en inhibant la recapture de la dopamine, de la noradrénaline et, selon les variantes, de la sérotonine au niveau des synapses cérébrales — produisant une tempête neurochimique dont les conséquences sur la santé mentale et physique sont documentées et graves.
Mécanismes d'action principaux :
- Inhibition du transporteur de la dopamine (DAT) — mécanisme central de l'effet euphorisant et addictif
- Inhibition du transporteur de la noradrénaline (NET) — responsable des effets cardiovasculaires et de l'éveil
- Inhibition partielle du transporteur de la sérotonine (SERT) selon les variants — empathogène pour certaines molécules
- Certaines cathinones (alpha-PVP, MDPV) sont des inhibiteurs purs de recapture sans effet libérateur — potentiel addictif supérieur à la cocaïne selon les études animales
Comparaison clinique essentielle — Le Dou produit des effets comparables à la cocaïne mais avec une durée d'action plus courte, forçant des re-consommations compulsives rapprochées. La spirale addictive s'installe en quelques jours, parfois en quelques heures chez les sujets vulnérables.
4️⃣ Origine et Historique
📖 L'histoire du Dou à La Réunion est celle d'une vulnérabilité géographique rencontrée par une filière criminelle organisée. Île de l'océan Indien, territoire français à 10 000 km de la métropole, La Réunion constitue un marché à la fois captif et relativement isolé des dispositifs de surveillance continentaux — une combinaison qui en fait une cible privilégiée pour l'introduction de nouvelles substances.
Chronologie documentée :
- 2010–2015 : Émergence mondiale des cathinones de synthèse (« bath salts ») en Europe et Amérique du Nord. La Réunion n'est pas encore touchée.
- 2018–2020 : Premières traces de cathinones dans les analyses SINTES Réunion. Volumes anecdotiques. Substance peu connue des forces de l'ordre locales.
- 2021–2022 : Montée en puissance discrète. Le Dou s'installe dans le sud de l'île, à Saint-Pierre et dans les communes environnantes. Premiers signalements de dépendances sévères.
- 2023 : Bascule. Le Dou devient visible — premiers articles de presse locale, premières interpellations significatives. L'OFDT intègre La Réunion dans son suivi spécifique.
- 2024 : Diffusion territoriale complète documentée par l'OFDT. Le Dou et le B13 présents sur l'ensemble de l'île. 85 usagers et 17 trafiquants interpellés à Saint-Pierre seul.
- 2026 (jan–mai) : 34,5 kilos de cathinones saisis — soit déjà 91 % du total de l'année 2025. Hausse de 305 % des saisies. Le préfet de La Réunion déclare publiquement l'état d'alerte. Un réseau piloté depuis la prison de Domenjod est démantelé — 5,4 kg de Dou, 1,6 kg de cocaïne, 14,3 kg de cannabis, plus de 4 200 cachets d'ecstasy saisis.
La production est quasi intégralement externalisée : les laboratoires sont situés en Asie (Chine principalement), les commandes se font sur Internet et les livraisons arrivent par voie postale ou via des mules recrutées entre La Réunion et l'Hexagone
5️⃣ Présentation et formes rencontrées
💊 À La Réunion comme dans les autres territoires touchés, le Dou se présente presque exclusivement sous forme de poudre fine ou de cristaux blancs à légèrement beiges, conditionnée en petits sachets plastifiés transparents. C'est cette présentation qui entretient une dangereuse confusion avec d'autres substances et qui complique l'identification à l'œil nu pour les non-spécialistes.
Formes observées lors des saisies réunionnaises :
- Poudre fine blanche à ivoire — forme la plus courante. Aspect similaire à la cocaïne ou à certains médicaments en poudre.
- Cristaux translucides — forme plus pure, conditionnement de meilleure qualité, prix légèrement supérieur.
- Gélules transparentes ou colorées — forme émergente, facilitant le transport discret et le dosage approximatif.
- Comprimés — rares mais signalés, souvent avec des marquages imitant des médicaments ou des comprimés d'ecstasy.
Conditionnement et marqueurs d'identification :
- Sachets zippés de 0,1 g à 0,5 g pour la vente au détail — prix unitaire : 5 à 15 euros selon la quantité
- Paquets de 1 à 10 g pour les revendeurs intermédiaires
- Colis postaux de 10 à 100 g pour les primo-importateurs
- Odeur : légèrement chimique, neutre à légèrement âcre selon la molécule — ne ressemble pas à une drogue végétale
Signal d'alerte prioritaire — L'absence d'odeur caractéristique et l'aspect de poudre blanche banale rendent le Dou particulièrement difficile à identifier sans analyse chimique. Les agents doivent systématiquement procéder à un test colorimétrique (réactif de Marquis ou test cathinones NarcoCheck) en cas de doute.

6️⃣ Modes de consommation ou d’exposition
🚬 La voie d'administration la plus répandue à La Réunion est le sniff (insufflation nasale), qui permet une absorption rapide et un effet quasi immédiat. C'est aussi la voie qui entretient le mieux la compulsion de re-consommation, car la durée d'action est courte — 30 à 60 minutes — et la descente brutale, déclenchant immédiatement l'envie de reprendre.
- Insufflation nasale (sniff) — voie dominante à La Réunion. Absorption rapide, effet en 3 à 5 minutes. Lésions nasales et sinusites chroniques fréquentes chez les usagers réguliers.
- Ingestion orale — gélules ou poudre dissoute dans une boisson. Effet plus lent (20–45 min) mais plus prolongé. Associée aux contextes festifs.
- Injection intraveineuse — marginale mais documentée dans les profils d'usage problématique avancé. Risque infectieux majeur (VIH, hépatites B et C). Signe d'une dépendance sévère.
- Inhalation de vapeurs — chauffage de la poudre sur aluminium ou pipe improvisée. Signalée dans les contextes de grande précarité.
Risque d'exposition accidentelle pour les agents — Port de gants nitrile obligatoire lors de la manipulation de sachets suspects. Masque FFP2 si ouverture en espace confiné. Le Dou ne présente pas de risque d'absorption cutanée à doses traces comparable au fentanyl — le risque principal est l'inhalation de poudre fine en manipulation sans protection.
7️⃣ Effets recherchés ou subis
😵 Effets recherchés :
-
Pour comprendre pourquoi le Dou s'est propagé aussi vite, il faut comprendre ce qu'il promet — et ce qu'il délivre réellement. Les effets recherchés par les consommateurs sont intenses, immédiats et euphorisants. Mais la réalité de l'usage régulier révèle très rapidement un tableau clinique radicalement différent.
Effets recherchés (phase initiale) :
- Euphorie intense et sentiment de puissance — comparable à la cocaïne mais souvent décrit comme plus brutal
- Énergie et éveil prolongé — capacité à rester éveillé de nombreuses heures
- Désinhibition sociale et sentiment de confiance en soi
- Réduction de l'appétit — utilisé par certains à des fins d'amaigrissement
- Effets empathogènes pour certaines variantes (3-MMC) — rapprochement émotionnel
Effets subis à partir des premières semaines d'usage régulier :
- Paranoïa intense, sentiment d'être surveillé ou persécuté
- Crises d'agitation et comportements violents imprévisibles
- Grattage compulsif du visage — signe clinique très caractéristique signalé à La Réunion
- Convulsions décrites par les proches comme des « crises de 5 à 10 minutes »
- Gonflement des amygdales lors des crises — signe physique alarmant
- Effondrement psychique à l'arrêt — dépression profonde, incapacité à éprouver du plaisir (anédonie)
Un témoin réunionnais décrit ainsi l'effet sur son proche : « Il avait besoin de se gratter frénétiquement le visage et même de s'arracher les cheveux pendant les crises. Ce n'était plus lui. » Ce type de témoignage se répète dans les familles touchées de Saint-Pierre à Saint-Denis.
8️⃣ Effets sur le système nerveux central
🧠 L'impact du Dou sur le cerveau est à la fois immédiat et durable. La tempête dopaminergique déclenchée par les cathinones de synthèse épuise rapidement les réserves de neurotransmetteurs et altère les circuits de la récompense d'une manière qui rend toute autre source de plaisir — nourriture, relations sociales, activité physique — progressivement insipide. C'est le mécanisme central de la dépendance.
- Activation massive du circuit dopaminergique méso-limbique (voie de la récompense) — pic de dopamine de 2 à 5 fois supérieur à la normale selon les études animales
- Effets psychotiques : hallucinations visuelles et auditives, délire de persécution — indiscernables d'une psychose primaire en phase aiguë
- Syndrome de Formication (sensation d'insectes sous la peau) — très caractéristique des cathinones pyrrolidinylées, explique le grattage compulsif observé
- Psychose toxique persistante : des épisodes psychiatriques peuvent se prolonger plusieurs semaines après l'arrêt de la consommation
- Altération de la mémoire de travail et des fonctions exécutives après usage répété — documentée par IRM fonctionnelle
Interactions dangereuses connues — Alcool : potentialisation cardiovasculaire et masquage des signes de surdosage. Cannabis : potentialisation des épisodes paranoïaques. MDMA : risque de syndrome sérotoninergique. Antidépresseurs ISRS : interactions pharmacodynamiques. Cocaïne : cumul des risques cardiovasculaires

9️⃣ Effets physiologiques
🫁 Les effets physiologiques du Dou sont ceux d'un stimulant puissant du système sympathique, avec une dangerosité particulière pour le système cardiovasculaire. Les urgentistes réunionnais doivent être en mesure de reconnaître le tableau clinique d'une intoxication aiguë aux cathinones pour adapter leur prise en charge.
Signes cliniques observables en phase aiguë :
- Tachycardie sévère (150 à 200+ bpm) — signe cardinal et quasi constant
- Hypertension artérielle marquée — risque d'AVC et d'infarctus même chez les sujets jeunes
- Hyperthermie : température corporelle pouvant dépasser 40°C — urgence vitale
- Mydriase bilatérale (pupilles très dilatées)
- Sudation abondante, peau moite
- Trismus (contracture des mâchoires)
- Bruxisme (grincements de dents) — signe très caractéristique en phase active
- Nausées et vomissements
En cas de surdosage ou d'intoxication sévère :
- Rhabdomyolyse (destruction musculaire massive) — insuffisance rénale aiguë consécutive
- Convulsions généralisées
- Arythmies cardiaques potentiellement fatales
- Hyperthermie maligne — défaillance multiviscérale
Appel SAMU 15 — En cas de suspicion d'intoxication au Dou : mentionner explicitement « cathinone de synthèse » pour orienter le diagnostic. Refroidissement actif si hyperthermie. Ne pas laisser seul — risque convulsif et agitation imprévisible.
🔟 Risques pour la santé
☠️ Les risques du Dou pour la santé sont à la fois immédiats et chroniques, physiques et psychiatriques. Ce qui rend ce produit particulièrement dangereux dans le contexte réunionnais, c'est la combinaison de son faible coût, de sa disponibilité croissante et de son potentiel addictif exceptionnel — une molécule conçue, délibérément ou non, pour créer rapidement une dépendance sévère dans des populations déjà fragilisées.
Risques aigus :
- Mort par arrêt cardiaque — documentée dans plusieurs pays européens sur fond de cathinones de synthèse
- AVC ischémique ou hémorragique — même chez des sujets jeunes sans antécédent cardiovasculaire
- Hyperthermie maligne — défaillance multiviscérale si non traitée rapidement
- Psychose aiguë — comportements auto ou hétéro-agressifs imprévisibles
Risques chroniques :
- Dépression sévère et risque suicidaire élevé en période de sevrage
- Psychose résiduelle persistante après arrêt — peut mimer une schizophrénie
- Destruction nasale (septum) par insufflation chronique
- Dénutrition sévère — l'effet anorexigène masque la faim durant les phases de consommation
- Effondrement social complet : perte d'emploi, ruptures familiales, placement d'enfants
Antidote / traitement d'urgence — Aucun antidote spécifique. Prise en charge symptomatique : benzodiazépines IV pour sédation et anticonvulsivants, refroidissement actif pour hyperthermie, hydratation IV, monitoring cardiovasculaire continu. Hospitalisation en soins intensifs pour les formes sévères.
1️⃣1️⃣ Dépendance, tolérance et usage répété
☠️ La dépendance au Dou est probablement l'un des aspects les plus alarmants de cette substance, et le plus documenté par les témoignages de terrain à La Réunion. Les professionnels de santé et les travailleurs sociaux qui accompagnent les familles touchées s'accordent sur un point : la vitesse à laquelle la dépendance s'installe est sans commune mesure avec ce qu'ils observent habituellement avec d'autres drogues.
Potentiel addictif — TRÈS ÉLEVÉ — comparable à la cocaïne ou supérieur pour les variantes pyrrolidinylées (alpha-PVP). Certains usagers réunionnais décrivent une dépendance installée dès les premières semaines de consommation régulière.
• Tolérance rapide : les doses initiales deviennent insuffisantes en quelques jours, forçant une escalade
• Craving (besoin compulsif) intense et quasi permanent dès la dépendance installée
• Syndrome de sevrage documenté : dépression profonde, fatigue extrême, hypersomnie, anhédonie, irritabilité, idées suicidaires
• Rechutes très fréquentes — le craving persiste plusieurs semaines à plusieurs mois après l'arrêt
À La Réunion, des mères de famille ont perdu la garde de leurs enfants en quelques mois de consommation. Des travailleurs ont perdu leur emploi. Des hommes et des femmes qui n'avaient jamais eu de contact avec la police se retrouvent dans les statistiques judiciaires. La dépendance au Dou ne frappe pas un « type de profil » — elle frappe ceux qui se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment.
1️⃣2️⃣ Contextes et populations à risque
👥 À La Réunion, le profil des usagers de Dou documenté par les forces de l'ordre et les services de santé est plus hétérogène qu'on ne pourrait le supposer. Le commissaire de Saint-Pierre l'a dit explicitement : « On n'est pas sur une seule communauté. Ce sont majoritairement des jeunes de 20 à 30 ans, hommes et femmes. » Cette hétérogénéité est en elle-même un signal d'alarme.
Populations identifiées comme prioritairement exposées :
- Jeunes adultes de 18 à 35 ans en situation de précarité économique — le faible coût du Dou (dès 5 euros le pochon) le rend accessible là où cocaïne et ecstasy sont hors de portée
- Populations des quartiers populaires du sud de l'île (Saint-Pierre, Le Tampon, Saint-Louis) — premier foyer d'implantation documenté
- Personnes avec antécédents de consommation d'autres stimulants (cannabis, alcool, cocaïne) — le Dou est parfois proposé comme substitut moins cher
- Adolescents scolarisés — signalements dans les établissements scolaires dès 2024
- Entourage direct des usagers — les proches sont exposés aux violences liées aux crises et à la déstabilisation familiale
Facteurs aggravants spécifiques à La Réunion :
- Isolement géographique : éloignement des centres spécialisés de métropole, offre de soins en addictologie insuffisante
- Pression sociale et stigmatisation : les familles hésitent à parler, par honte ou par peur des représailles
- Réseau de trafic en expansion : la prison de Domenjod comme centre de coordination d'un réseau Réunion–Hexagone démontre la structuration du marché
1️⃣3️⃣ Cadre légal (aperçu général)
⚖️ La réponse pénale existe et s'applique. Mais elle se heurte à la vitesse à laquelle les trafiquants font évoluer les molécules pour contourner les classements successifs — un problème structurel du droit des stupéfiants face aux NPS.
En France et à La Réunion (territoire français) :
- Les principales cathinones de synthèse (méphédrone, MDPV, alpha-PVP, 3-MMC, 4-CMC, NEP, 3-CMC...) sont classées stupéfiants par arrêtés successifs depuis 2012.
- Usage simple : jusqu'à 1 an d'emprisonnement et 3 750 € d'amende (art. L.3421-1 CSP).
- Détention et trafic : jusqu'à 10 ans et 7 500 000 € d'amende (art. 222-34 et suivants du Code pénal).
- Circonstances aggravantes en bande organisée : jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle.
Vides réglementaires exploités :
- Les nouveaux analogues structuraux non encore classés sont légaux jusqu'à leur inscription — délai moyen de 6 à 18 mois entre l'apparition sur le marché et le classement.
- La loi du 12 mai 2010 sur les NPS permet d'interdire temporairement une substance par décret, mais le délai administratif reste une fenêtre d'opportunité pour les trafiquants.
Réponse institutionnelle 2026 — Face à l'urgence, la préfecture de La Réunion a lancé en 2026 un plan de 60 actions intitulé « Zéro drogue », incluant des volets prévention, répression et soins. Le préfet Patrice Latron a fait du Dou une priorité déclarée. Les résultats opérationnels se traduisent par une augmentation de 305 % des saisies — signe d'une pression accrue sur les filières.
1️⃣4️⃣ Représentations dans la fiction et la culture populaire
📺 Contrairement à des substances comme la MDMA ou le cannabis, le Dou ne bénéficie d'aucune aura culturelle positive. Il n'y a pas de musiques célébrant le Dou, pas de films qui le romantisent, pas de communauté en ligne qui en vante les effets. C'est paradoxalement ce qui le rend plus difficile à appréhender pour les familles et les professionnels : il n'existe pas de « culture Dou » qui permettrait de détecter les signaux d'alerte via des références culturelles identifiables.
- Presse locale réunionnaise : couverture médiatique intensive depuis 2024. Imazpress, Parallèle Sud, Réunion La 1ère ont documenté l'essor du Dou avec des témoignages de familles et d'acteurs institutionnels.
- Réseaux sociaux : des témoignages de familles réunionnaises circulent sur Facebook et TikTok, alternant appels à l'aide et témoignages de rétablissement.
- Au niveau international, les « bath salts » (cathinones de synthèse) ont été médiatisés aux États-Unis dès 2012 par des cas extrêmes de comportements violents. Ces représentations sensationnalistes ont paradoxalement nui à la prise de conscience en les faisant passer pour des phénomènes américains.
À La Réunion, la réalité du Dou s'écrit dans les rapports de police, les témoignages de travailleurs sociaux et les récits de familles brisées — pas dans la culture populaire. C'est une crise silencieuse qui se vit dans la honte et l'isolement, ce qui la rend d'autant plus difficile à combattre.
1️⃣5️⃣ Idées reçues et confusions fréquentes
❓Idée reçue 1 — « Le Dou c'est comme la cocaïne, c'est moins dangereux que les opioïdes » — FAUX. Le Dou combine les risques stimulants de la cocaïne avec un potentiel addictif parfois supérieur et des effets psychotiques bien plus marqués. Certaines cathinones (alpha-PVP) sont considérées comme plus addictives que la cocaïne dans les études animales.
Idée reçue 2 — « C'est une drogue de riche, ça ne touche pas mon quartier » — FAUX. C'est précisément l'inverse. Le Dou s'est imposé comme la drogue des populations les plus précaires à La Réunion, en raison de son prix extrêmement bas (à partir de 5 euros). Il remplace la cocaïne là où elle est financièrement inaccessible.
Idée reçue 3 — « On peut essayer une fois sans risque de dépendance » — DANGEREUX. Le potentiel addictif des cathinones de synthèse est tel que des dépendances ont été décrites dès les premières semaines d'usage régulier. Il n'existe pas de consommation « de test » sans risque réel.
Idée reçue 4 — « Un test urinaire classique détecte le Dou » — FAUX. Les cathinones de synthèse NE SONT PAS détectées par les bandelettes urinaires standard (5 ou 10 drogues). Une analyse de laboratoire spécialisée (GC-MS, LC-MS/MS) est indispensable.
Confusion fréquente — Dou et cocaïne — L'aspect en poudre blanche du Dou génère une confusion systématique. Les tests colorimétriques de terrain permettent de les distinguer rapidement (réactif de Scott positif pour la cocaïne, négatif pour les cathinones).
1️⃣6️⃣ En résumé
📋 Le Dou — terme créole qui recouvre plusieurs cathinones de synthèse dont la 3-CMC, la NEP et l'alpha-PVP — est devenu en moins de cinq ans la principale menace sanitaire liée aux drogues de synthèse à La Réunion. Fabriqué en Asie, acheminé par voie postale ou via des mules entre la métropole et l'île, il s'est implanté dans les quartiers les plus vulnérables avec un prix d'entrée dérisoire et un pouvoir addictif exceptionnel. Son profil de risque est grave : dépendance rapide, psychoses toxiques, complications cardiovasculaires, effondrement social et familial. Les saisies ont bondi de 305 % entre 2025 et les cinq premiers mois de 2026, confirmant que la filière est active, structurée et en croissance. La réponse doit être à la hauteur : répression des filières, mais surtout prévention précoce, formation des professionnels de santé et des forces de l'ordre, et soutien aux familles. La Réunion n'est pas seule face à cette vague — elle est le signal avancé d'une menace qui concerne l'ensemble des territoires français ultramarins.
1️⃣7️⃣ Précurseurs chimiques utilisés
Les cathinones de synthèse désignées sous le nom de Dou sont produites dans des laboratoires clandestins asiatiques à partir de précurseurs chimiques industriels. La compréhension de ces familles chimiques est essentielle pour les douanes et les services spécialisés, dans une logique exclusive de détection et de contrôle — jamais de production.
Précurseurs principaux de la famille des cathinones :
- Propiophenone (1-phényl-1-propanone) et ses dérivés substitués — précurseurs cétone de base des chaînes propyle et butyle. Liquide incolore à légèrement jaunâtre, odeur caractéristique de solvant aromatique.
- 4-méthylpropiophenone (pour les 4-méthyl-cathinones) — liquide huileux à odeur florale-chimique.
- Butyrolactone (GBL) et dérivés — solvants de réaction, liquides incolores à odeur éthérée.
- Bromure ou iodure d'alkyle (agents d'halogénation) — solides ou liquides corrosifs, déclencheurs de l'étape d'alkylation.
- Méthylamine ou éthylamine — agents d'amination, liquides à odeur très caractéristique d'ammoniaque.
- Borohydrure de sodium (NaBH4) — poudre blanche, agent réducteur, réagit à l'humidité avec dégagement d'hydrogène.
Solvants révélateurs d'une production en cours :
- Acétone, toluène, éthanol — présents dans pratiquement tous les laboratoires de cathinones.
- Dichlorométhane (DCM) — solvant d'extraction et de purification, liquide incolore à odeur douce-éthérée.
- Acétate d'éthyle — solvant de recristallisation, odeur fruitée caractéristique.
Note de contrôle — Les précurseurs des cathinones ne sont pas tous inscrits aux Tableaux de la Convention de 1988 ni au Règlement UE 111/2005 — vide réglementaire exploité par les laboratoires asiatiques qui exportent des précurseurs légaux destinés à être transformés en stupéfiants dans des pays tiers ou directement vers les consommateurs via le e-commerce.
1️⃣8️⃣ Méthode de synthèse (Approche générale)
Niveau de sophistication — Intermédiaire à avancé — production externalisée en Asie. La Réunion est un territoire de distribution, pas de production.
Les cathinones de synthèse à l'origine du Dou réunionnais sont produites dans des structures industrielles ou semi-industrielles situées principalement en Chine, dans des zones économiques spéciales ou des entrepôts discrets. Elles ne sont pas fabriquées à La Réunion — le territoire est un marché de destination, pas un site de production.
Voies chimiques générales (orientation détection) :
- Halogénation de cétones aromatiques suivie d'une amination réductrice — voie la plus courante pour les cathinones simples.
- Cyclisation pyrrolidinylée pour les cathinones avancées (alpha-PVP, MDPV) — niveau de sophistication supérieur.
- Recristallisation dans des solvants organiques pour augmenter la pureté avant expédition.
L'équipement révélateur d'une structure de distribution (et non de production) à La Réunion : matériel de conditionnement (balances de précision, sachets zippés, thermoscelleuses), produits de coupe (caféine, lidocaïne), téléphones prépayés multiples, liquidités.
1️⃣9️⃣ Matériel de laboratoire et équipements spécifiques
La Réunion étant un territoire de distribution et non de production, les perquisitions locales révèlent principalement des structures de stockage et de conditionnement plutôt que des laboratoires de synthèse. Les éléments suivants sont caractéristiques des sites de distribution de Dou identifiés dans l'île.
Équipements caractéristiques des sites de distribution (saisies réunionnaises) :
- Balances de précision (résolution 0,01 g) — indispensables pour le dosage en pochons de 0,1 à 0,5 g.
- Sachets zippés transparents en grande quantité — conditionnement de rue caractéristique.
- Thermoscelleuses — pour les lots plus importants destinés aux revendeurs secondaires.
- Produits de coupe : caféine (poudre blanche), lidocaïne, paracétamol en poudre.
- Téléphones prépayés multiples — gestion des commandes et des livraisons.
- Liquidités importantes en petites coupures — recettes de la vente au détail.
- Colis postaux entrants en provenance d'Asie ou de métropole — souvent déclarés comme « compléments alimentaires » ou « produits cosmétiques ».
Odeurs caractéristiques signalées — Légèrement chimique, neutre à âcre selon la variante. Absence d'odeur végétale (contrairement au cannabis). Possible odeur d'acétone ou de solvant si produits de coupe ou traces de conditionnement.
2️⃣0️⃣ Contrôle international des précurseurs
Le contrôle des précurseurs des cathinones de synthèse se heurte à un problème structurel : les molécules arrivent déjà finies sur le marché, fabriquées dans des pays dont le cadre réglementaire est insuffisant ou contournable. Le contrôle en amont de la production est donc principalement une affaire de coopération internationale, là où La Réunion combat en aval — au niveau de l'importation et de la distribution.
• Convention ONU de 1988 contre le trafic illicite — les précurseurs spécifiques des cathinones ne figurent pas tous aux Tableaux I et II : vide réglementaire significatif.
• ONUDC — Projet PRISM : surveillance des précurseurs de drogues synthétiques. Les cathinones précurseurs (propiophenones substituées) ne sont pas inscrites à ce jour.
• Règlement UE 111/2005 : contrôle des précurseurs importés/exportés — lacune persistante pour les précurseurs spécifiques des cathinones.
• EMCDDA / EUDA : système d'alerte précoce européen (EWS) qui suit les nouvelles cathinones et émet des évaluations des risques. Outil essentiel pour anticiper les classements.
• Coopération spécifique à La Réunion : le contexte DOM implique l'application du droit français et européen, mais les flux Asie–Réunion–Hexagone nécessitent une coordination DNRED/OFAST/OCRTIS renforcée.
2️⃣1️⃣ Indicateurs douaniers et signaux d'alerte
La Réunion, en tant qu'île, a l'avantage d'avoir des points d'entrée contrôlables : l'aéroport Roland Garros (Saint-Denis), l'aéroport de Pierrefonds (Saint-Pierre) et le port de La Réunion. C'est sur ces points que la détection douanière est à la fois possible et cruciale.
Niveau 1 — Détection terrain :
- Envois postaux suspects : colis en provenance de Chine, Inde, Pays-Bas, déclarés « compléments alimentaires », « produits chimiques de recherche », « cosmétiques ». Poids : de 10 g à 500 g.
- Bagages de mules : dissimulation dans les affaires personnelles, doubles-fonds, emballages alimentaires détournés. 58 mules interpellées à La Réunion en 2025 — plus du double de 2024.
- Test colorimétrique terrain NarcoCheck Cathinones : réaction positive spécifique aux cathinones de synthèse. Test de Scott négatif pour distinguer de la cocaïne.
- Réactif de Marquis : vire au jaune-orange à brun pour la plupart des cathinones — non spécifique seul.
Tests colorimétriques de référence :
|
Réactif |
Cathinones (Dou) |
Cocaïne |
Interprétation |
|
Marquis |
Jaune-orange à brun |
Jaune-orange |
Non discriminant seul |
|
Scott |
Négatif |
Bleu cobalt |
DISTINGUE Dou / cocaïne |
|
NarcoCheck Cathinones |
POSITIF (couleur spécifique) |
Négatif |
Test spécifique recommandé |
|
Ehrlich (DMAB) |
Négatif |
Négatif |
Exclut tryptamines |
Niveau 2 — Analyse en laboratoire :
- GC-MS : méthode de référence — identification et quantification de la cathinone précise.
- LC-MS/MS : matrices biologiques (urine, sang, cheveux).
- Spectrométrie Raman portable : identification terrain améliorée.
- Réseaux mobilisables : SINTES/OFDT Réunion, IRCGN, LPS/INPS, STRIDA.
Niveau 3 — Remontée de filière :
- Profilage chimique des saisies : comparaison des impuretés entre saisies pour identifier les lots de même origine.
- Exploitation des métadonnées postales : pays d'origine, codes-barres, empreintes d'encre.
• Coordination DNRED / OFAST / gendarmerie Réunion pour les filières Hexagone–Réunion.
2️⃣2️⃣ Affaires marquantes et saisies notables
Affaire 1 — Réseau Domenjod, La Réunion, avril 2026 (Gendarmerie de La Réunion / La1ere.franceinfo.fr)
Démantèlement d'un réseau de trafic piloté depuis la prison de Domenjod par des détenus. 12 personnes interpellées (7 à La Réunion, 5 en métropole). Saisies : 5,4 kg de Dou/cathinones, 1,6 kg de cocaïne, 14,3 kg de résine de cannabis, plus de 4 200 cachets d'ecstasy, 19 000 euros en numéraire, plusieurs véhicules et dizaines de téléphones. Valeur marchande estimée : plus de 1,6 million d'euros. Affaire emblématique de la structuration du trafic entre métropole et La Réunion.
Affaire 2 — Réseau de mules, La Réunion, 2025 (Police Nationale Réunion)
Démantèlement d'un réseau d'une dizaine de mules opérant entre l'Hexagone et La Réunion. Saisie de 14 kilos de drogues de synthèse à base de cathinone (Dou et B13). Mise en évidence de la filière postale comme vecteur principal d'approvisionnement.
Affaire 3 — Bilan saisies douanières 2026 (Préfecture de La Réunion / Imazpress, juin 2026)
Entre le 1er janvier et le 15 mai 2026 : 34,5 kilos de cathinones/kétamine saisis, contre 38 kilos sur l'ensemble de l'année 2025. Hausse de 305,6 % des saisies de ces drogues de synthèse. Le préfet Patrice Latron déclare publiquement que les trafiquants « se concentrent désormais sur l'importation de Dou et de kétamine ».
Affaire 4 — Plan préfectoral « Zéro Drogue », La Réunion, 2026 (Préfecture de La Réunion)
Face à la crise, la préfecture de La Réunion a lancé un plan d'action de 60 mesures couvrant les volets répression, prévention et soins. Première réponse institutionnelle coordonnée à la hauteur de l'enjeu. Le commissaire de Saint-Pierre déclare : « L'année 2026 sera l'année du Dou » — en termes de lutte résolue contre ce fléau.
2️⃣3️⃣ Perspectives et tendances
La trajectoire du Dou à La Réunion n'est pas un épiphénomène local. C'est le symptôme d'une vulnérabilité structurelle — géographique, économique et sociale — qui peut se reproduire dans d'autres territoires ultramarins français (Martinique, Guadeloupe, Mayotte, Guyane). Les signaux doivent être lus à l'échelle nationale.
Risques émergents identifiés :
- Substitution moléculaire continue : à chaque classement d'une cathinone, les trafiquants introduisent un analogue légal ou non encore classé. La 3-CMC succède à la 3-MMC, qui avait succédé à la 4-MMC (méphédrone). Ce cycle est documenté et prévisible.
- Extension géographique : le Dou, cantonné au sud de l'île en 2022, couvre désormais La Réunion entière. Extension possible à d'autres DOM-TOM.
- Rajeunissement des usagers : des signalements dans les établissements scolaires indiquent une baisse de l'âge de la primo-consommation.
- Association Dou + kétamine : les saisies doubles augmentent. La kétamine potentialise les effets dissociatifs et aggrave le tableau clinique.
- Structuration croissante des filières : le réseau Domenjod démontre que le trafic de Dou est désormais organisé au même niveau que celui de la cocaïne.
Recommandations opérationnelles :
- Former les agents douaniers de l'aéroport Roland Garros et du port de La Réunion à la détection spécifique des cathinones (test NarcoCheck, Raman portable).
- Renforcer le suivi SINTES Réunion pour identifier en temps réel les nouvelles variantes moléculaires.
- Développer l'offre de soins en addictologie sur l'île — les CSAPA sont en sous-effectif face à l'afflux de demandes.
- Mettre en place des programmes de prévention spécifiques « Dou » dans les collèges et lycées réunionnais.
- Accélérer les procédures de classement des nouveaux analogues structuraux pour réduire la fenêtre d'opportunité légale.
2️⃣4️⃣ 👨👩👧 Section A — FAQ Parents
Mon enfant me parle du Dou. Je ne sais pas ce que c'est. Dois-je m'inquiéter ?
Oui, et vous avez raison de chercher à comprendre. Le Dou est une cathinone de synthèse — un stimulant puissant qui crée une dépendance très rapide. Le fait que votre enfant en parle signifie qu'il en a entendu parler dans son entourage, voire qu'il y a été exposé. Ce n'est pas une raison de paniquer, mais c'est une raison d'ouvrir le dialogue calmement, sans jugement, maintenant.
Comment reconnaître si mon enfant ou un proche consomme du Dou ?
Les signes à observer : changements brutaux d'humeur (euphorie puis effondrement), insomnies prolongées, perte de poids rapide, agitation ou comportement paranoïaque, grattage compulsif du visage ou du corps (signe très caractéristique du Dou), disparition d'argent ou d'objets de valeur, isolement et rupture des liens familiaux. Un épisode de convulsions ou de violence inexpliquée doit conduire à appeler le 15 immédiatement.
Le Dou se détecte-t-il dans un test urinaire de pharmacie ?
Non. C'est un point essentiel à connaître : les bandelettes urinaires vendues en pharmacie ne détectent pas les cathinones de synthèse. Ces tests cherchent le cannabis, les opiacés, les amphétamines et la cocaïne. Pour détecter le Dou, il faut une analyse de laboratoire spécialisée (GC-MS). Ne vous fiez pas à un test négatif pour conclure qu'il n'y a pas de consommation.
Que faire si je trouve une poudre blanche suspecte à la maison ?
Ne pas toucher à mains nues, ne pas sentir, ne pas goûter. Mettre des gants, placer l'objet dans un sachet hermétique. Appeler le 15 (SAMU) pour conseil médical ou le 0 800 23 13 13 (Drogues Info Service — gratuit, anonyme, 7j/7). Ne pas confronter votre enfant dans l'urgence — la conversation calme, préparée, est toujours plus efficace. Vous pouvez apporter l'échantillon à un CSAPA pour orientation vers une analyse.
Mon proche a arrêté le Dou mais il est dans un état dépressif sévère. Est-ce normal ?
Oui, et c'est une phase critique qui ne doit pas être sous-estimée. L'arrêt des cathinones provoque une dépression profonde liée à l'épuisement des réserves de dopamine du cerveau — l'anédonie (incapacité à éprouver du plaisir) peut durer plusieurs semaines à plusieurs mois. Cette période est à haut risque suicidaire. Un suivi médical et psychiatrique est indispensable. Contactez un CSAPA ou un médecin addictologue sans attendre.
Où trouver de l'aide à La Réunion ?
Drogues Info Service : 0 800 23 13 13 (gratuit, anonyme, 7j/7). CSAPA de La Réunion : plusieurs centres répartis sur l'île — annuaire sur drogues-info-service.fr. CHU de La Réunion — service addictologie. Médecin généraliste pour une première orientation. En cas d'urgence psychiatrique : SAMU 15. La honte ne doit pas être un obstacle — les professionnels de santé ne sont pas là pour juger, mais pour aider.
🧑 Section B — FAQ Adolescents
C'est quoi le Dou exactement ? C'est une drogue de synthèse comme les autres ?
Le Dou, c'est une cathinone de synthèse — une molécule fabriquée en laboratoire qui imite les effets de la cocaïne et des amphétamines, mais souvent en plus intense et avec une dépendance qui s'installe beaucoup plus vite. Ce n'est pas « comme les autres drogues de synthèse ». C'est une substance pour laquelle des gens à La Réunion ont perdu leur famille, leur travail et leur santé mentale en quelques mois. Pas en quelques années. En quelques mois.
On dit que c'est pas cher, que ça donne de l'énergie. C'est quoi le problème alors ?
C'est exactement pour ça que c'est dangereux. Le cerveau reçoit une dose massive de dopamine — la molécule du plaisir — et il en garde une « mémoire ». Après ça, tout le reste dans ta vie — les amis, la musique, la nourriture — semble fade en comparaison. Tu reviens chercher le Dou. Encore. Plus souvent. Plus fort. La dépendance, ce n'est pas une faiblesse de caractère — c'est une modification chimique de ton cerveau. Ça peut t'arriver à toi aussi.
Si quelqu'un fait une crise à côté de moi après avoir pris du Dou, qu'est-ce que je fais ?
1) Appelle le 15 (SAMU) immédiatement — ne jamais attendre. 2) Si la personne est inconsciente mais respire : Position Latérale de Sécurité (PLS). 3) Si elle a de la fièvre très élevée ET des convulsions : dis-le explicitement au 15 — c'est une urgence vitale. 4) Ne la laisse jamais seule. 5) Tu n'as aucun risque légal pour avoir appelé les secours — la loi française protège les témoins qui appellent les secours. Appeler le 15, c'est peut-être lui sauver la vie.
Un copain m'a dit que le Dou détecte pas dans les tests anti-drogues. C'est vrai ?
C'est vrai — et c'est justement pour ça que tu ne dois pas en déduire que c'est sans risque. Le fait que le Dou ne soit pas dans les tests classiques ne veut pas dire qu'il ne fait pas de dégâts dans ton cerveau. Les analyses spécialisées (laboratoire) peuvent le détecter. Et surtout : les conséquences du Dou sur ta santé, ta famille et ta vie ne disparaissent pas parce qu'aucun test de ton lycée ne peut le voir.
C'est illégal le Dou à La Réunion ?
Oui, totalement illégal. Les principales cathinones vendues sous le nom de Dou sont classées stupéfiants en France. La Réunion est un territoire français — le même droit s'applique. Usage simple : jusqu'à un an de prison et 3 750 euros d'amende. Revente, même à un ami : jusqu'à 10 ans et des millions d'euros d'amende. Les interpellations augmentent — les forces de l'ordre ont fait du Dou une priorité déclarée en 2026.
Sources et références
⚠ AVERTISSEMENT ÉDITORIAL
Cette fiche est destinée exclusivement à la formation professionnelle, à la recherche académique et à l'usage institutionnel des professionnels du contrôle (douanes, police, gendarmerie, magistrature, services de santé et de prévention). Toute utilisation visant à faciliter la production, le trafic ou la consommation de substances contrôlées est contraire à l'objet de cet ouvrage.
Sources : OFDT — Tendances récentes sur l'île de La Réunion, 2024–2025 · Imazpress.com, juin 2026 · Parallèle Sud, janvier 2026 · La1ere.franceinfo.fr, avril 2026 · Gendarmerie de La Réunion · Préfecture de La Réunion · EMCDDA Drug Report 2024 · EUDA Synthetic Stimulants Report 2024 · Convention des Nations Unies sur les substances psychotropes, 1971
Michel ORTH — Expert PRELAC | Globalzone.fr |
Tome 4 — Drogues de synthèse et nouvelles substances psychoactives | Juillet 2026
Date de rédaction : Juillet 2026 | Usage académique et institutionnel exclusif