
PRELAC³ : Mémoire du Réseau et des Experts
Depuis 1990, PRELAC a réuni des experts engagés dans la coopération internationale, le contrôle des précurseurs chimiques et la lutte contre le trafic de drogues. Cette mémoire du réseau retrace les parcours, les collaborations et la transmission des compétences à travers quatre grandes périodes.
1990–2000 — Les racines
Avant qu'un réseau existe, il y a des hommes et des femmes de terrain, chacun dans son pays, chacun avec ses propres méthodes. Cette décennie n'a pas de sigle commun : elle est faite d'expériences individuelles, construites dossier après dossier, dans un cadre encore largement national.
Le socle international se met en place — la Convention de Vienne de 1988 pose les bases du contrôle des précurseurs chimiques, et l'Europe légifère dès 1990. En France, la Mission nationale de contrôle des précurseurs chimiques est créée en 1993. Mais la coopération reste bilatérale, ponctuelle, dépendante des relations personnelles entre services plus que d'une architecture commune.
"En 1994, un dossier se traitait par fax et par confiance personnelle avec un collègue étranger qu'on avait rencontré une fois. Il n'y avait pas d'autre méthode." — (Michel ORTH)
C'est cette génération de terrain, sans réseau structuré derrière elle, qui portera plus tard l'expérience fondatrice du réseau actuel.
2000–2010 — Vers une réponse commune
L'Union européenne harmonise son cadre juridique : les règlements 273/2004 et 111/2005 unifient enfin le contrôle des précurseurs à l'intérieur et aux frontières de l'Union. Sur le papier, l'Europe parle d'une seule voix.
Mais les trafics, eux, ne connaissent pas les frontières réglementaires. La route de la cocaïne bascule vers la Caraïbe et l'Afrique de l'Ouest, les réseaux s'organisent à l'échelle continentale pendant que les administrations, elles, restent organisées à l'échelle nationale. Le déséquilibre devient évident : une réglementation harmonisée ne suffit pas sans une coopération opérationnelle tout aussi structurée entre les pays concernés.
Repère — 2004/2005 : règlements UE 273/2004 et 111/2005. Bascule des routes cocaïne vers la Caraïbe.
Repère — Fin 2009 : lancement de PRELAC (PRECAN, son prédécesseur direct, avait opéré de 2004 à 2006 auprès de la Communauté Andine). — (Michel ORTH)
Cette décennie ne produit pas encore de réseau — elle en démontre la nécessité.
2010–2020 — Naissance de PRELAC
C'est ici que le nom prend un sens réel. PRELAC — programme régional de prévention du détournement des précurseurs de drogues en Amérique latine et dans les Caraïbes — voit le jour : la première architecture pensée pour connecter les autorités administratives et répressives, plutôt que les laisser agir chacune dans son coin.
La décennie est aussi celle de l'explosion des nouvelles substances psychoactives (NPS) et des cathinones de synthèse, portée par les marchés du darknet et les paiements en cryptomonnaie — une criminalité qui échappe aux frontières autant qu'aux classifications réglementaires classiques.
Formation, partage d'information, renforcement des capacités nationales : le programme donne enfin un cadre commun à des expertises jusque-là dispersées, appuyé par des centres comme le CIFAD. Il sera renforcé par EL PAcCTO, qui élargit la coopération UE–Amérique latine à l'ensemble de la chaîne pénale.
Repère — 2009 : lancement de PRELAC, dont le prédécesseur PRECAN avait opéré de 2004 à 2006 auprès de la Communauté Andine.
"Le symposium de 2014 s'est refermé sur beaucoup de promesses pour l'avenir. Nous attendons encore, aujourd'hui, la continuité qu'il annonçait." — Michel Orth
2020–Aujourd'hui — PRELAC³ et l'ère de l'IA
Le réseau change d'échelle, sans prétendre reconstruire ce que seuls des bailleurs européens ou onusiens peuvent financer. Globalzone et PRELAC³ n'ambitionnent pas de remplacer la continuité institutionnelle annoncée en 2014 — plus modestement, ils entretiennent la mémoire, le lien entre experts et la transmission des savoirs, en attendant qu'un jour cette continuité voie enfin le jour à l'échelle où elle avait été promise.
Les opioïdes de synthèse et les "précurseurs de précurseurs" — des molécules pensées spécifiquement pour rester hors des listes classifiées — évoluent désormais plus vite que la réglementation elle-même. Le combat se déplace : il ne s'agit plus seulement de contrôler une substance connue, mais d'anticiper celle qui n'existe pas encore.
Globalzone naît de cette bascule : un observatoire public, multilingue, modeste dans ses moyens mais tenace dans son objectif, qui rend visible ce que le réseau produit en coulisses. La mémoire construite depuis 1990 devient un outil vivant — pas seulement une archive.
Repère — 22-23 octobre 2025 : 5ème congrès international antidrogues à Bogotá (EL PAcCTO 2.0, 120 experts de 22 pays) sur le détournement des précurseurs chimiques — l'événement déclencheur de la création de PRELAC³.
"Entre la fin de PRELAC, début 2015, et ce congrès de Bogotá en 2025, je n'ai rien vu passer d'aussi mobilisateur — je ne prétends pas avoir tout suivi, mais le contraste m'a marqué. C'est de ce constat qu'est né PRELAC³." — Michel Orth