1️⃣ De quoi s’agit-il ?
La scopolamine est une substance psychoactive appartenant à la famille des hallucinogènes délirants. Connue en médecine depuis le XIXᵉ siècle pour ses propriétés antiémétiques et sédatives, elle est aujourd’hui surtout médiatisée pour ses usages criminels, notamment en Amérique latine.
Ce produit mérite un article spécifique car il se situe à la frontière entre médicament, plante toxique et outil de soumission chimique, suscitant de nombreuses confusions, fantasmes et exagérations médiatiques.
2️⃣ Noms et appellations
Le nom scopolamine est la dénomination pharmaceutique officielle de la molécule.
On la retrouve également sous le nom de hyoscine, notamment dans la littérature médicale anglo-saxonne.
En Amérique latine, et plus particulièrement en Colombie, elle est tristement connue sous le nom de « burundanga », un terme populaire associé aux faits d’escroquerie, de vol sous contrainte et parfois de viol. Ce nom ne désigne pas toujours une substance chimiquement pure, mais parfois des mélanges contenant de la scopolamine ou d’autres anticholinergiques.
Certains médias parlent improprement de « drogue du zombie », une expression sensationnaliste qui entretient la confusion entre réalité pharmacologique et mythologie urbaine.
3️⃣ Classe pharmacologique
La scopolamine appartient à la classe des anticholinergiques et plus précisément des antagonistes des récepteurs muscariniques de l’acétylcholine.
Contrairement aux hallucinogènes dits « classiques » (LSD, psilocybine), elle n’induit pas des visions structurées ou introspectives, mais un état confusionnel profond, souvent accompagné d’amnésie et de désorganisation complète du comportement.
C’est cette spécificité — perte de volonté apparente sans euphorie — qui la distingue fortement d’autres substances psychoactives.
4️⃣ Origine et substance(s) active(s)
La scopolamine est une molécule d’origine naturelle, extraite de plantes de la famille des Solanacées, parmi lesquelles :
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Datura stramonium
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Brugmansia (trompette des anges)
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Hyoscyamus niger (jusquiame)
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Atropa belladonna
La molécule active est la scopolamine hydrobromide (C₁₇H₂₁NO₄), utilisée en pharmacie sous forme dosée et contrôlée.
Les préparations artisanales ou criminelles issues de plantes sont, elles, hautement imprévisibles en termes de concentration.
5️⃣ Présentation et formes rencontrées
La scopolamine peut se présenter sous différentes formes selon le contexte :
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Usage médical : patch transdermique, comprimé, injectable.
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Usage criminel : poudre blanche ou beige, parfois dissoute dans une boisson, un aliment ou appliquée sur un support.
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Origine végétale : feuilles, graines ou fleurs de datura ou brugmansia, parfois séchées ou infusées.
Ces formes sont souvent inodores et peu détectables, ce qui contribue à leur dangerosité en contexte de soumission chimique.
6️⃣ Modes de consommation ou d’exposition
L’exposition à la scopolamine peut se faire :
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par ingestion (boisson, aliment),
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par voie orale accidentelle ou volontaire (plantes),
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plus rarement par contact transdermique à dose significative.
Les effets apparaissent généralement rapidement, entre 15 et 60 minutes, et peuvent durer plusieurs heures, avec une amnésie résiduelle pouvant persister au-delà de la phase aiguë.
7️⃣ Effets recherchés ou subis
Contrairement à d’autres drogues, la scopolamine est rarement recherchée pour ses effets récréatifs.
Les personnes exposées rapportent surtout des effets subis :
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désorientation,
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obéissance apparente,
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perte de repères,
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incapacité à évaluer le danger.
Ces états ne s’accompagnent généralement ni de plaisir ni de sentiment de contrôle.


8️⃣ Effets sur le système nerveux central
La scopolamine agit en bloquant l’action de l’acétylcholine, un neurotransmetteur essentiel aux fonctions cognitives.
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Mémoire immédiate : la formation de nouveaux souvenirs est fortement altérée, expliquant les amnésies complètes après exposition.
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Capacités de jugement : les mécanismes de décision sont désorganisés, rendant la personne incapable d’évaluer une situation à risque.
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Perception de la réalité : l’environnement peut être perçu de manière floue, incohérente ou délirante, sans hallucinations structurées.
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Contrôle des comportements : la personne peut répondre à des sollicitations sans résistance apparente, sans pour autant être « hypnotisée ».
Ces effets expliquent les usages criminels rapportés, sans pour autant relever d’un contrôle mental total tel que souvent fantasmé.
9️⃣ Effets physiologiques
Sur le plan corporel, la scopolamine entraîne :
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sécheresse buccale intense,
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dilatation des pupilles,
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tachycardie,
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troubles de l’équilibre,
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hyperthermie possible.
Ces effets sont liés au blocage du système parasympathique.
🔟 Risques pour la santé
À court terme
L’intoxication aiguë peut provoquer :
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confusion sévère,
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agitation,
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délire,
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accidents (chutes, errance),
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hospitalisation en urgence.
À moyen et long terme
Les expositions répétées peuvent entraîner :
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troubles cognitifs persistants,
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vulnérabilité psychique,
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risques accrus en cas de polyconsommation.
1️⃣1️⃣ Dépendance, tolérance et usage répété
La scopolamine ne provoque pas de dépendance physique classique.
En revanche, la dangerosité réside dans la perte de contrôle et l’imprévisibilité des doses, notamment avec les plantes.
1️⃣2️⃣ Contextes et populations à risque
Les situations à risque incluent :
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les contextes festifs,
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les rencontres avec des inconnus,
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les usages contraints,
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les personnes isolées ou vulnérables,
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la polyconsommation alcool + drogues.
1️⃣3️⃣ Cadre légal (aperçu général)
La scopolamine est :
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strictement réglementée en usage médical,
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illégale hors cadre thérapeutique dans de nombreux pays,
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associée à des zones grises concernant les plantes en vente libre (datura, brugmansia), souvent légales mais dangereuses.
1️⃣4️⃣ Représentations dans la fiction et la culture populaire
La scopolamine apparaît dans plusieurs romans et séries sous l’angle de la manipulation ou de la perte de volonté.
Ces représentations exagèrent souvent ses effets, la présentant comme une substance de contrôle absolu, alors que la réalité est plus chaotique et moins « efficace » que la fiction le suggère.
1️⃣5️⃣ Idées reçues et confusions fréquentes
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❌ « Drogue qui transforme en zombie » → Faux et sensationnaliste
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❌ « Odeur détectable » → Faux
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❌ « Contrôle mental total » → Exagération médiatique
1️⃣6️⃣ En résumé
La scopolamine est un hallucinogène délirant anticholinergique, d’origine végétale ou pharmaceutique, aux effets principalement confusionnels et amnésiants.
Son danger tient moins à une dépendance qu’à son potentiel de désorientation extrême, exploité dans certains contextes criminels.
Comprendre ses mécanismes permet de dépasser les mythes et de renforcer la prévention.