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Thomas YOUNG

 l’expérience des doubles fentes : lumière, ondes et réalité quantique

Thomas Young et l’expérience des doubles fentes : quand la lumière révèle la nature profonde de la réalité

 

Voyage au cœur de la science et des technologies énergétiques

Épisode 8

 Une expérience fondatrice au cœur de la science moderne

En 1801, le physicien britannique Thomas Young réalise une expérience d’une simplicité déconcertante, mais aux conséquences vertigineuses. À une époque où l’autorité scientifique d’Isaac Newton domine encore la pensée occidentale, et où la lumière est largement considérée comme un flux de particules, Young ose une hypothèse radicalement différente : et si la lumière était une onde ?

Pour tester cette idée, il fait passer un faisceau lumineux à travers une fente étroite afin de le rendre cohérent, puis le dirige vers un écran percé de deux ouvertures parallèles. Derrière ces fentes, un second écran révèle un motif inattendu : une alternance régulière de franges claires et sombres. Ce phénomène d’interférences ne peut s’expliquer que par la superposition de deux ondes lumineuses se renforçant ou s’annulant selon leur phase.

Avec cette expérience, Thomas Young démontre que la lumière ne se comporte pas uniquement comme une particule, mais bien comme une onde, remettant en cause un siècle de certitudes scientifiques.

Portait de Thomas YOUNG

Thomas Young et les architectes du réel quantique

Thomas Young (1773–1829) fut l’un des premiers scientifiques à révéler que la lumière ne se limite pas à une simple particule, mais se comporte comme une onde. En 1802, avec son texte fondateur On the Theory of Light and Colours, il démontre grâce à l’expérience des doubles fentes que la réalité physique obéit à des lois d’interférences et de superposition. Cette intuition bouleverse durablement la physique moderne.

Médecin, physicien, linguiste et égyptologue, Young participa également aux premières avancées sur le déchiffrement de la pierre de Rosette, ouvrant la voie aux travaux décisifs de Jean-François Champollion. Ses ouvrages du début du XIXᵉ siècle (Lectures on Natural Philosophy, A Course of Lectures on Natural Philosophy and the Mechanical Arts) témoignent d’une pensée globale, libre des cloisonnements disciplinaires.

Son héritage irrigue toute la mécanique quantique du XXᵉ siècle. Niels Bohr formalise la complémentarité onde-particule, Hugh Everett propose la théorie des univers multiples, et David Bohm explore l’idée d’un ordre caché non local. Tous prolongent, chacun à leur manière, la question ouverte par Young : la réalité existe-t-elle indépendamment de l’observation ?

Deux siècles plus tard, l’expérience des doubles fentes demeure un symbole puissant : celui d’un monde plus subtil, plus interconnecté et plus mystérieux qu’il n’y paraît.

fentes de thomas Young

De l’optique classique à la révolution quantique

Ce qui aurait pu rester une simple curiosité expérimentale devient, au XXᵉ siècle, l’un des piliers de la mécanique quantique. Les physiciens décident alors de reproduire l’expérience des doubles fentes, non plus seulement avec de la lumière, mais avec des particules élémentaires telles que les électrons, les photons ou même des atomes.

Le résultat est stupéfiant : qu’il s’agisse de lumière ou de matière, le même motif d’interférences apparaît. Plus troublant encore, lorsque les particules sont envoyées une par une, elles finissent malgré tout par dessiner ce motif ondulatoire sur l’écran. Cela signifie que chaque particule semble interférer… avec elle-même.

La physique classique vacille. La particule ne suit plus une trajectoire définie : elle existe sous la forme d’une onde de probabilité, décrivant simultanément plusieurs chemins possibles jusqu’à ce qu’une interaction ait lieu.

Le rôle décisif de l’observation

L’un des aspects les plus dérangeants de l’expérience apparaît lorsque l’on tente de déterminer par quelle fente passe la particule. Dès qu’un dispositif de mesure est installé pour observer son trajet, le motif d’interférences disparaît. La particule adopte alors un comportement purement corpusculaire, comme si elle choisissait un chemin unique.

Ce phénomène introduit un concept central de la physique quantique : l’observation modifie le résultat. La réalité microscopique ne se manifeste pas de manière indépendante, mais dépend du cadre expérimental et de l’acte de mesure lui-même. Cette dualité onde-particule devient l’un des fondements de la compréhension moderne du monde quantique.

Hommage à Thomas Young et aux pionniers de la physique moderne

Interprétations théoriques et débats philosophiques

Face à ces résultats, plusieurs interprétations émergent. L’interprétation dite de Copenhague, portée notamment par Niels Bohr, propose que la particule n’existe sous forme définie qu’au moment de la mesure, lorsque la fonction d’onde s’effondre. Avant cela, elle représente un ensemble de probabilités.

À l’opposé, l’interprétation des univers multiples, formulée par Hugh Everett, rejette l’idée d’effondrement. Selon cette vision, chaque interaction quantique provoque une bifurcation de l’univers, donnant naissance à autant de réalités parallèles que de résultats possibles. Chaque issue existe, mais dans un univers distinct.

D’autres approches, comme la théorie à variables cachées de David Bohm, suggèrent que les particules suivent des trajectoires déterminées, guidées par un potentiel quantique non local. Ces interprétations, bien que divergentes, témoignent toutes de la profondeur du bouleversement introduit par l’expérience des doubles fentes.

Thomas Young, un esprit universel

Réduire Thomas Young à cette seule expérience serait injuste. Médecin, physicien, linguiste et égyptologue, il incarne l’idéal du savant polymathe du XIXᵉ siècle. Il contribue de manière décisive à la compréhension de l’accommodation de l’œil humain, participe au déchiffrement de la pierre de Rosette et jette les bases de la linguistique comparative indo-européenne.

Son œuvre témoigne d’une conviction profonde : la connaissance progresse lorsque les disciplines dialoguent entre elles. Cette vision transversale résonne encore aujourd’hui dans les recherches contemporaines à la frontière entre physique, biologie et philosophie.

Héritage scientifique et applications modernes

L’expérience des doubles fentes n’est pas qu’un monument historique. Elle irrigue directement des domaines technologiques de pointe tels que l’optique quantique, la cryptographie quantique ou l’informatique quantique. Les principes de superposition et d’interférences sont au cœur du fonctionnement des qubits et des systèmes de communication ultra-sécurisés.

Au-delà des applications, cette expérience continue de nourrir une réflexion profonde sur la nature du réel. Elle rappelle que le monde n’est pas toujours conforme à notre intuition, et que la science progresse souvent en acceptant l’étrangeté plutôt qu’en la rejetant.

Conclusion : une expérience qui dépasse la science

Deux siècles après Thomas Young, l’expérience des doubles fentes demeure une énigme vivante. Elle nous enseigne que la réalité n’est pas figée, qu’elle dépend du regard que nous portons sur elle et des outils que nous utilisons pour l’interroger. À travers deux simples fentes, la lumière a ouvert une brèche dans notre compréhension du monde, invitant la science à dialoguer avec la philosophie et l’humilité.

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